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A Vaulx Jazz toutes !
S’il est une musique des métissages et des audaces, c’est bien celle-ci. Cette année encore, Vaulx vit au rythme du jazz tout le mois de mars. Du 3 au 27, la 23e édition du festival A Vaulx Jazz est placée sous le signe du voyage et des cordes, et pas que vocales. La programmation, qui rassemble plus de 200 artistes, est aussi éclectique que de haute tenue. “Jamais nous n’aurons accueilli autant de musiciens venant de pays différents”, confirme Thierry Serrano, le directeur du festival.
Symbole de la dimension régionale d’A Vaulx Jazz, des master class sont organisées au conservatoire avec des enseignants lyonnais quand certains concerts sont programmés à Francheville et dans deux salles lyonnaises. Autre nouveauté : le cycle “jazz et cinéma” au Pathé du Carré de soie (voir encadré). Un bus et sa scène mobile se baladent sur toute la commune mais, encore une fois, la colonne vertébrale de ce rendez-vous avec la note bleue est constituée par les soirées du centre culturel Charlie-Chaplin. Une croisière au gré des différentes facettes du jazz, tout en s’offrant quelques méandres dans des domaines proches comme le blues et l’électro.
Première escale aux 5 C avec C.H.K (le 16). Ce trio rhônalpin dévoile, face à un public issu des écoles de Vaulx, un univers épuré et d’une grande délicatesse. Cap le 18 pour l’Amérique du Sud et la soirée métisse. L’argentin Melingo revisite le tango en le dévergondant, un rien voyou, de sa voix rocailleuse et abrasive. On rejoint ensuite les côtes de l’île de Cuba. Membre du célèbre Buena Vista Social Club, Omara Portuondo affiche 80 printemps dont 60 consacrés à la chanson. Une chanson où elle marie la sophistication du jazz américain et la romance afro-cubaine. Sur le dernier album de cette grande dame de la rumba, on retrouve Avishai Cohen ou encore Chico Buarque.
Le jazz est aussi un bouillon de cultures du monde, professent les programmateurs du festival. Logique du coup, que l’on embarque le lendemain pour la soirée “Vibrations Nord-Sud” avec Alefa !, trio de Céline Bonacina, comme premier capitaine. La saxophoniste propose une musique hybride qui plonge ses racines dans le jazz et les musiques improvisées et laisse ses branches voguer sur les rythmes malgaches. De Madagascar à l’Italie, il n’y a qu’un coup de rame sur la planète jazz. Le Tinassima Quartet de Francesco Bearzatti s’amarre alors à la scène de Chaplin. Saxophoniste et clarinettiste à la technique spectaculaire et aux audaces qui ne le sont pas moins, le jazz avec lui se fait punk. La soirée se termine par une transat en double de rêve, entre Norvège et Etats-Unis. Venu du jazz fusion le vibraphoniste américain Mike Mainieri fait équipe avec Bugge Wesseltoft, le scandinave qui fit entrer les machines électroniques dans l’organique jazz. Jouissif ! Et pour faire durer le plaisir, restons dans les vagues électro, puisque l’on remue son popotin avec le rendez-vous dédié aux sirènes du dancefloor (le 20). Il commence avec les rockers de Deadwood qui ont remporté le tremplin des musiques actuelles du Grand-Lyon (organisé par la MJC de Vaulx). Place, ensuite, à Rone, producteur parisien distillant une musique souvent expérimentale, parfois “ambient” et toujours mélodique. Il laisse ensuite les platines à l’une des sensations du moment : Aufgang. Cette formation hors normes rassemble deux pianistes et un batteur. Un triangle des Bermudes musical, entre classique, rock et donc électro, où l’on aurait plutôt envie de se perdre.
Retour le 23 en terres jazzistiquement plus correctes, mais pas pour autant froides et ennuyeuses. Dmitry Baevsky est le nouveau prodige du saxophone alto et certains voient, dans ce Russe exilé aux Etats-Unis, le nouveau tsar du hard bop. C’est une princesse qui lui succède, une princesse du piano qui n’hésite pas à chanter. Patricia Barber, à la voix troublante, sombre et relâchée, susurre depuis 20 ans un jazz empreint de rock et de pop. Dès le lendemain, place à Pianissimo ou deux concerts consacrés au clavier blanc et noir. Autour de Giovanni Mirabassi, on retrouve tout d’abord le contrebassiste Gianluca Renzi et le batteur Leon Parker, pour un périple au gré de reprises de standards. L’Aratta Rebirth quintet, qui leur fait suite, est constitué autour du pianiste prodige Tigran Hamasyan. Avec eux, le jazz se teinte de musiques folkloriques, du Bosphore au Caucase.
Création et légende à l’affiche du 25, puisque les musiciens d’imuZZic fêtent les 10 ans du réseau avec Libre ensemble, en proposant une création où ils invitent quelques musiciens amis agitateurs new-yorkais et venant d’autres horizons. L’occasion de naviguer l’esprit libre et ouvert jusqu’au concert de Ravi Coltrane. Oui oui, le fils d’Alice et John. Saxophoniste lui aussi, il vient se produire en quartet : inspiré et défricheur.
Après le poids de l’héritage, quoi de mieux pour se dégourdir les jambes et les neurones qu’un bon bain de blues (le 26). Cette année, on y retrouve Kenny Neal, qui allie le style swamp, funky et gai, et le Chicago blues. Un style dont on retrouve ensuite une légende vivante, Magic Slim qui se produit avec The Teardrops, pour un concert… sans fioritures. Du lourd et du rugueux quoi, plus proche du thonier de haute mer que du pédalo.
Le festival se clôt cette année avec un hommage – non, plutôt une fête – à Django Reinhardt. Autour d’Angelo Debarre et de son quintet, on retrouve les plus fervents représentants actuels du jazz manouche. Ou quand on joue de la guitare, très vite, mais vraiment très très vite, et surtout très bien. Un retour sur terre au milieu des roulottes où l’on devrait croiser Thomas Dutronc. Alors, on vous embarque ?
Stéphane Legras

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