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René Carrier
L'ancien maire de Vaulx-en-Velin est décédé.
C’EST EN PRÉSENCE de trois maires de Vaulx-en-Velin, Bernard Genin, Maurice Charrier et Robert Many, mais aussi de nombreux anciens combattants, que René Carrier, maire de Vaulx de 1953 à 1966, a reçu les derniers hommages au crematorium de Bron, au son, comme il se devait pour cet ancien Résistant, du chant des Partisans.
René Carrier restera le maire qui a protégé Vaulx des inondations, en faisant construire la grande digue en 1955 et 56. Il a aussi été le maire qui a aménagé les routes, s’est occupé de l’acheminement de l’eau et de l’assainissement ou encore de l’électrification de la commune. Enfin, il a été l’un des premiers à se préoccuper de logement social. Mais avant tout ça, René Carrier a été Résistant communiste dans le maquis de la vallée de l’Azergues.
Né le 24 février 1924 à Marseille, René Carrier entre à 19 ans dans la Résistance et rejoint le maquis des Francs-tireurs et partisans français de la vallée de l’Azergues au camp Desthieux, fondé en octobre 1943. Là, sous le nom de Napoléon, il est notamment chargé par Roger Chavanet, alias Guerin, commandant du camp Desthieux, du sabotage de voies de chemin de fer empruntées par les convois militaires allemands. C’est là aussi qu’il rencontre Louis Rossi, alias Vernet, un des tous premiers venus à ce maquis et qui en sera jusqu’à la fin. Ils se retrouveront à Vaulx-en-Velin après la guerre. Il devient chef du 3e groupe puis chef de détachement et participe aux combats de la Libération en qualité de lieutenant FFI.
En 1944, il est volontaire pour l’Extrême- Orient afin de participer à la guerre contre le Japon. Il est sur le point d’embarquer quand Hiroshima puis Nagasaki sont bombardées, ce qui signe la capitulation du Japon. Son unité est alors dirigée vers l’Indochine où le conflit commence. Il y servira jusqu’en 1947.
Pour son engagement et son action dans la Résistance, René Carrier sera décoré de la Croix de guerre avec palme, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance et il sera élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. Ce militant communiste sera candidat sur la liste présentée par le PCF au printemps 1953, liste conduite par Jean Peyri, maire de Vaulx-en-Velin depuis 1944. René Carrier est nommé premier adjoint, puis il devient maire le 19 juin 1953, à la suite du décès de Jean Peyri.
En 1953, Vaulx-en-Velin est un bourg d’en-viron 9000 habitants. Fin 2009, René Carrier se souvient(1) : “Lorsque j’ai été élu, Vaulx-en-Velin était une commune miséreuse. Il y avait tellement, tellement à faire... A l’époque, notamment au Pont de Planches, les voies n’étaient pas goudronnées, mais faites de terre battue... Il n’y avait pas de bord de trottoir, pas d’éclairage public moderne, pratiquement pas d’égouts... Il fallait faire les chaussées avec des pelles et pioches. Nous circulions deux ou trois fois par hiver en barque sur le territoire de La Grappinière et de la Zup. Pendant des décennies les Vaudais ont réclamé que le problème des inondations soit résolu. Alors, c’est une des premières choses à laquelle nous nous sommes attaqué”. C’est ainsi que le premier mandat du conseil municipal mené par René Carrier (1953-1959) voit la construction de la digue qui, lors de la grande crue de 1957, retient pour la première fois les eaux du Rhône et marque ainsi la fin des inondations dramatiques que connaissait la commune.
Au cours de ce premier mandat, la Ville se préoccupe aussi d’éducation avec l’agrandissement de l’école maternelle du Bourg, la création de classes supplémentaires à l’école des Brosses, la construction de l’école de garçons Langevin. Elle organise le temps périscolaire pour aider les familles avec des accueils le jeudi notamment, avec l’aménagement du stade municipal, elle équipe les écoles de leur propre matériel de sport et de salles d’éducation physique, elle envoie les jeunes vaudais en colonies de vacances.
La vie quotidienne des Vaudais est améliorée avec le début des travaux de voirie, d’assainissement et d’acheminement de l’eau potable. René Carrier sera aussi l’homme qui s’est le premier intéressé au logement social, en menant à bien la construction de 150 Habitations à loyer réduit (les HLR) à Marcel-Cachin : “C’était un procédé formidable puisqu’on faisait payer les loyers en fonction de ce que nous payions pour les intérêts de l’emprunt. C’est ainsi que nous avons loué des appartements à des prix extrêmement intéressants. Mais l’Etat s’est rendu compte de ce à quoi arrivaient les communistes et ils ont supprimé ce moyen. Ensuite, ils ont fait des HLM mais qui coûtaient beaucoup plus cher...”, regrettait René Carrier(1) qui se souvenait encore des masures de Vaulx-en-Velin.
La campagne pour les élections municipales de 1959 est particulièrement féroce. La liste conduite par René Carrier est cependant réélue. La municipalité débute la construction du groupe scolaire Henri- Wallon à la Grappinière, agrandit les écoles Grandclément, Frédéric-Mistral et Ambroise-Croizat, et crée un collège avenue Georges-Rougé. Elle crée aussi l’école municipale de musique et la Maison des jeunes et de la culture (MJC). Parallèlement, l’effort est poursuivi pour l’aménagement des routes, l’électrification de la commune, l’extension des réseaux d’assainissement et d’arrivée d’eau. Préoccupé du bien-être de ses concitoyens, René Carrier n’a jamais perdu de vue les valeurs qui ont animé son engagement depuis toujours. C’est ainsi que le conseil municipal de Vaulx-en-Velin s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur de la paix, notamment lors de la guerre d’Algérie.
Réélu en mars 1965, René Carrier démissionnera en juin 1966, laissant le fauteuil de maire à Robert Many, et est resté conseiller municipal jusqu’en mars 1971. Toujours investi dans l’Amicale des Anciens combattants de la vallée de l’Azergues et au sein de l’Association nationale des Anciens combattants et Résistants (Anacr), René Carrier n’avait rien perdu de son engagement. Il avait dernièrement cosigné une lettre au Président de la République pour faire du 27 mai – date de la création du Conseil national de la Résistance – une Journée nationale de la Résistance.
Vaulx-en-Velin Journal adresse ses sincères condoléances à toute la famille de René Carrier.
Edith Gatuing
(1) lors d’un entretien accordé fin 2009 à Maurice Charrier, maire honoraire de Vaulx-en-Velin, et à Roland Amador, journaliste.
Les hommages....
Bernard Genin, maire de Vaulx-en-Velin
Basé sur l’écoute des habitants et la vision d’une ville moderne et populaire, le mandat de maire de René Carrier marqua une étape majeure dans le développement de notre commune avec des réalisations qui donnèrent forme à la ville que nous connaissons aujourd’hui : la construction de la grande digue, la construction des premiers logements sociaux, l’amélioration du cadre de vie (assainissement, voirie, accès à l’eau...) et l’accès aux savoirs et à l’éducation pour tous (extension de groupes scolaires, création de l’école Langevin , de l’école de musique et de la MJC...), autant d’exemples illustrant l’ambition de René Carrier de permettre à tous les Vaudais d’accéder à des services, des activités ou des équipements de qualité. Aujourd’hui encore, ce sont ces valeurs qui sont les fondements de notre action. Les perpétuer et les renforcer est la meilleure façon de rendre hommage à l’engagement de René Carrier.
Maurice Charrier, maire honoraire de Vaulx-en-Velin
Son engagement de Résistant, René Carrier l’a poursuivi en tant que maire, sur une vision de société, des valeurs de solidarité et de justice sociale. Il considérait que l’éducation et la culture libéraient l’homme : il a fait la MJC, l’école de musique et des groupes scolaires. C’était cependant un homme d’une très grande modestie, comme si ce qu’il avait fait pour cette commune était normal. Ça peut paraître anodin aujourd’hui, mais il faut se rendre compte que, quand il a lancé la construction de la digue, les inondations étaient un drame chaque année à Vaulx. La digue a jeté les bases du développement de notre ville. C’était un homme véritable !
Marius Pellet, vice-président du comité de Vaulx-en-Velin de l’Anacr
René Carrier a su résister, combattre mais aussi rassembler contre le fascisme et le nazisme. “De l’usine, tu es venu au combat”, a rappelé Marius Pellet, vice-président du comité de Vaulx de l’Anacr. “René Carrier laisse une histoire vécue de Résistant d’où jaillissent dignité, honneur et respect. Il est pour nous un repère de courage et de valeurs humaines“, lui qui disait : “Si c’était à refaire, je le referais”.
Monique Jouanlanne, co-présidente départementale de l’Anacr
René Carrier était membre de notre comité directeur. Il avait une grande capacité d’écoute, une grande culture, trouvait toujours la bonne décision. Il avait aussi la capacité à faire avancer les projets pour la mémoire et au nom de la Résistance. A l’âge où l’on pense à s’amuser, René Carrier, que la guerre a mortifié, n’avait plus qu’une seule idée : entrer dans la Résistance. Et quand il témoignait de son parcours, il disait toujours “nous”, jamais “je”. C’était un militant de l’Humain et toutes ses luttes allaient dans le sens des valeurs de respect, de dignité et de justice sociale.
Mireille Bertrand, de l’Amicale des anciens des maquis de la vallée de l’Azergues FTPF
“Napo” en imposait par son maintien, sa réserve, ses discours sans fanfaronnade où chaque mot comptait. Sous cette apparente rigi- dité, se cachaient une grande sensibilité, une grande richesse humaine. On pouvait compter sur lui.
Louis Rossi, dit Vernet, Résistant au camp Desthieux, maquis de la vallée de l’Azergues
C’est moi qui ai réceptionné René Carrier quand il est arrivé au camp Desthieux. J’étais là dans les premiers, on était seulement quatre ou cinq. On était des frères d’armes, on était comme des frères, on en a tellement bavé ensemble. René Carrier n’était pas un bavard, c’était un bon orateur. Il avait le mot juste pour chaque situation. Il a tout le temps eu le sang froid. Une fois aux Pontarrets, il est même resté en arrière avec sa section pour mitrailler les Allemands pendant qu’on dégageait. Un sacré bonhomme.
