Journal / Actualités /
Roms et gens du voyage : indignation et inquiétude
Camps de Roms illégaux évacués, Roms expulsés vers leurs pays d’origine et stigmatisation de la manière de vivre des gens du voyage... Les deux communautés, pourtant bien différentes, réagis- sent aux récents propos et décisions du Président de la République et du gouvernement.
“C’EST un retour 15 ans en arrière.” Xavier Pousset directeur de l’Association régionale des Tsiganes et de leurs amis gadjé (Artag) est clair : les dernières dispositions et déclarations du gouvernement sur les gens du voyage et les Roms sont catastrophiques. A la suite de dégradations commises après la mort d’un voyageur à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), Nicolas Sarkozy soulignait “les problèmes de comportement de certains parmi les gens du voyage et les Roms” et annonçait la "tenue d’une réunion pour décider des expulsions de tous les campements en situation irrégulière”. Des déclarations jugées “inacceptables” par le maire Bernard Genin et son adjointe déléguée aux Droits de l’Homme et aux Solidarités Sophie Senouci, “car elles instillent une vision ethnisante de la République et font de cette population, déjà fragile et précarisée, des boucs émissaires”.
Des camps de Roms illégaux ont été évacués et des Roms expulsés vers leurs pays d’origine. De son côté Luc Chatel, ministre de l’Education, déclarait : “On a beau être Rom et gens du voyage, parfois même Français, au sein de ces communautés, on doit respecter les lois de la République”. Autant de propos qui entretiennent, de fait, le soupçon sur deux communautés différentes et qui, surtout, les criminalise à cause de leur origine ou de leur manière de vivre. “Les gens du voyage sont très inquiets. On entretient à nouveau un fantasme alors que, petit à petit, ils avaient fini par ne plus être vus comme l’ogre. Tout en faisant un amalgame entre gens du voyage et Roms, qui sont pourtant deux réalités bien différentes”, regrette Xavier Pousset.
“Il faut condamner les actes de délinquance avec fermeté, poursuivent le Premier édile et son adjointe. Mais il faut également que soient respectés les droits, ce qui n’est pas le cas des gens du voyage, déjà soumis à des règles d’exception (comme par exemple la présentation d’un carnet de circulation). Ils sont aussi chassés de terrains en raison de l’attitude illégale de nombreuses communes qui refusent de mettre à leur disposition des espaces, disposition pourtant rendue obligatoire par la loi”.
Une inquiétude qui bruisse dans les allées de l’aire d’accueil de Vaulx-en- Velin. “C’est du racisme, nous sommes Français et l’on parle des gens du voyage comme si c’était une race. C’est d’autant plus révoltant de la part d’un président d’origine hongroise”, s’indigne ainsi François. Alors que le regard posé sur lui devenait bienveillant depuis quelques années, il assure que les comportements ont changé depuis Saint-Aignan et les déclarations du Président. D’autant que le sentiment d’être parqué, dans des conditions de vie très difficiles, se double parfois de situations dramatiques. A 84 et 85 ans, malades, Madeleine et Henri aimeraient ainsi pouvoir cesser les voyages qui les font souffrir. Or la législation limite la durée de stationnement sur une même aire. Une législation qui oblige également à la mise en place de schémas départementaux. Très en avance, le Rhône l’a bouclé dès 2003, même si toutes les aires d’accueil ne sont pas construites. “Cela avait apaisé les choses”, insiste le directeur de l’Artag.
Quant à Manolita, elle regrette la confusion entre les gens du voyage – “nous vivons en caravane” – et les personnes d’Europe de l’Est, que beaucoup appellent Roms, qui vivent dans des conditions désastreuses, dans des bidonvilles modernes, comme le long des voies de la Part- Dieu. Ou même à Vaulx-en-Velin. Comme Florin, qui survit dans sa voiture, stationnée sur un parking. “Je ne comprends pas ces nouvelles dispositions. Nous venons d’un pays européen et voulons donc être traités comme tous les autres Européens. Nous sommes des personnes à part entière”, s’indigne-t-il. D’autant que, selon lui, les expulsions ne servent à rien. “Ces personnes vont vivre de quoi dans les pays de l’Est ? Il n’y a pas de boulot, ils vont mourir de faim”, s’insurge le jeune homme de 26 ans. “Mais j’en suis sûr, après quelques semaines, ils vont revenir. Les sommes dépensées sous forme de prime au retour n’auront servi à rien, alors qu’elles auraient pu être utilisées pour nous aménager des terrains d’accueil”, poursuit-il. Confirmant l’im- pression générale qui se dessine : quel que soit l’endroit où ils s’installent, les Roms se voient rejetés...
S.L
Qui est qui ?
Les Roms installés en France sont des ressortissant de la communauté européenne originaires le plus souvent de Roumanie, Bulgarie et Hongrie, mais à qui s’appliquent des régimes spécifiques de déplacement. Alors que le terme Rom renvoie à une origine ethnique, “gens du voyage” est un statut administratif. Ces derniers étant le plus souvent Français.
Des expositions
Le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon présente jusqu’au 24 décembre “Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l'Europe”, une exposition de photographies de Bruno Amsellem, de l’agence Signatures.
Espace Berthelot 14, avenue Berthelot, Lyon 7e, tél. : 04 78 72 23 11.
Des rencontres et une exposition sur les Tsiganes seront proposées en novembre dans les bibliothèques de Vaulx. Par ailleurs, dès septembre, le bibliobus de la Ville passera par l’aire d’accueil des gens du voyage.

Commentaires