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Les femmes vaudaises invitées à s’exprimer, revendiquer et faire la fête
Samedi 6 mars, les associations réunies dans le Collectif du 8 mars vont célébrer la journée internationale des femmes au centre culturel Charlie-Chaplin. Les maîtres mots de l’événement seront la rencontre, le partage, les droits.
Les femmes ont des droits. C’est autour de cette revendication que le collectif du 8 mars propose aux Vaudaises de se rassembler le temps d’une journée au centre culturel communal Charlie-Chaplin. Les femmes ont des droits mais faut-il encore se les approprier pour les faire valoir, les connaître pour les défendre. La question de l’accès au droit et les problématiques majeures que rencontrent les Vaudaises, soit les violences intrafamiliales, la précarité, l’isolement, ont fourni l’axe de travail du collectif et déterminé la programmation de la journée du 6 mars. Celle-ci articulera des ateliers permettant d’aborder ces thèmes avec des spécialistes, un espace forum pour s’informer (accompagnement social, l’emploi et la formation, la justice et le droit) et des moments de détente (repas partagé, pièce de théâtre, concerts et danses).
femmes violentées
En France, une femme meurt tous les 3 jours, victime de violence conjugale. Le phénomène touche toutes les couches sociales. De la même façon, le viol touche toutes les classes. Et parmi toutes les formes de viol, les viols conjugaux sont les plus nombreux. La loi impose aujourd’hui d’éloigner les conjoints violents. Or elle reste bien peu appliquée. Si dans le Nord, un magistrat très volontariste a bouleversé la prise en charge des femmes battues en plaçant le conjoint à distance, l’ancien procureur de Lyon (parti il y a peu) n’a pas levé le petit doigt. A Douai, le mari violent est dirigé dans un foyer pour SDF, façon de le choquer pour le faire réfléchir. “Ici, c’est toujours à la femme de s’en aller, c’est à elle qu’on propose d’aller en foyer. On en est au même point ”, dénonce Liliane Badiou, présidente du Lien, association contre les violences et membre du collectif du 8 mars. Pour Christine Piotte, directrice du Centre d’information sur le droit des femmes (CIDFF), “il y a tout de même des choses qui avancent. Une expérience est par exemple conduite à l’hôpital Lyon Sud où des hommes sont contraints, sur décision de justice, à un suivi psychologique. Petit à petit, il y a une meilleure prise de conscience, plus de partage, un travail en lien avec d’autres acteurs, la police notamment. A Rillieux, une coordinatrice sociale du CIDFF intervient au sein de la gendarmerie, à Vaulx une coordinatrice est en poste au commissariat… ”. Les problèmes de violence conjugale ne peuvent se traiter dans l’urgence, remarque-t-elle encore. “Il faut protéger, bien sûr, mais il y a tout un cheminement à faire, étape par étape ”.
Au programme, samedi 6 mars au centre Charlie-Chaplin (place de la Nation) :
- Repas partagé de 11h30 à 13h30. Chacun apporte quelque chose (plat, fromage, dessert ou boisson).
- Pièce de théâtre “Médéé” à 14 h : pièce de la Nième Compagnie, jouée par des Vaudaises.
- Ateliers thématiques : de 15h à 16h, violences au sein de la famille, précarité et isolement aujourd’hui ; de 16h à 17h, violences au sein de la famille, féminisme et droits des femmes.
- Animations et espace forum pour s’informer, de 15h à 17h : l’accompagnement social, l’emploi et la formation des femmes, la justice et les droits.
- Concerts et danses de 17h à 19h.
- Une garderie est organisée (inscription sur place).
Du 2 au 5 mars, au centre social Levy (rue Jean-Moulin) :
Plusieurs rencontres dédiées aux femmes : une exposition sur les femmes d’exception, le 2 mars à partir de 18h30 ; film-débat aux Amphis le 4 mars ; un repas “A table ensemble”, ouvert à tous, le 5 mars.
Contact : 04 78 80 51 72.
Le Collectif du 8 mars :
Amsra, Ascla, Association culturelle Tilili Berbère, Association dans tous les sens, Association franco-marocaine, Avec, Awal Grand Lyon, Babylone, Cannelle Solidarité, Casa Do Minho, centre sociaux du Grand-Vire, Lévy, Peyri, Monde Réel, CIDFF, Clic-Déclic, comité de locataires Grolières, Culture Elles, Epi, Femmes solidaires, Fondation Lounès Matoub, Forum Réfugiés, Framéto, Fusion Crew, LDH, Le Lien, Médiactif, Mémoires, Mutualité française du Rhône, Mission locale, MJC, Oxygène 120, Péniches du Val de Rhône, Planète Sciences, Raha Mizik, Secours Catholique, Solidarité Enfants d’Algérie, Uni Est, Vaulx Premières Planches, Vaulx Sébaco Solidarité Développement, CDHS, CPEF, Conseil général, Georges Calvet, habitantes et habitants. Avec la participation des services municipaux de la Ville.
2010 : où en est la condition des femmes ?

Le travail et la vie publique, la famille, la maternité, le corps, l’amour… Avancées, reculs, phénomènes récurrents, nouveaux questionnements… Que pensent les femmes de leur condition ? C’est la grande question que sont venues poser des journalistes du magazine Elle à des femmes de l’agglomération lyonnaise, dans le cadre d’une vaste enquête. La journée de débat à Lyon, le 10 février et d’autres rencontres à Lille, Marseille, Paris, apporteront matière aux Etats généraux de la femme, lancés par le quotidien féminin.
En 1970, le journal Elle organisait les premiers Etats généraux de la femme, “immense et constructive contestation”. L’idée était alors de “définir l’état de l’opinion féminine à l’égard des problèmes féminins” et de dessiner des propositions concrètes de réformes. A l’époque, les femmes enceintes pouvaient être licenciées, l’interruption volontaire de grossesse était encore hors la loi, tandis qu’on légiférait pour décréter le partage de l’autorité parentale… Les femmes pouvaient depuis peu (1965) gérer leurs biens, ouvrir un compte en banque, exercer un métier sans l’autorisation de leur mari. Un pas pour celles qui jusqu’alors étaient considérées comme les enfants mineurs.
En 1970, les femmes réclamaient d’avoir les mêmes droits que les hommes, entre autres celui de disposer de leur corps. Partant de la question décisive : qui a le pouvoir de contrôler le corps féminin ? l’Etat, les autorités religieuses, les corporations de médecins, le mari, le père ou les intéressées ? Car il y va de l’autonomie des femmes, de leur libre choix.
quarante ans après …
Le journal Elle relance le débat en 2010, avec les nouveaux Etats généraux de la femme. Quarante ans après, dans de nombreux pays, ce droit n’est toujours pas reconnu, tandis qu’en France, ce droit acquis est fragilisé, attaqué. Tel est le constat. Il suffit d’entendre certaines paroles de femmes : “La contraception n’est pas chose acquise ; l’IVG est perçue comme une permission, pas comme un droit ; la réforme hospitalière (loi Bachelot) entraîne la fermeture de centres IVG et participe à la remise en cause du droit à l’avortement… à Lyon, il a fallu se battre pour que le centre d’orthogénie de l’Hôtel Dieu soit transféré à l’hôpital Edouard-Herriot en 2010”.
Sur cette question comme au niveau des autres droits, la vigilance est requise. C’est ce qui a été majoritairement exprimé par les femmes qui ont débattu à Lyon dans le cadre de ces Etats généraux. Elles reconnaissent les avancées, mais soulignent que “certains droits doivent encore être efficients ”, par exemple en matière d’égalité de salaires (lois de 1972 et 1983). Et beaucoup d’insister : “Nous ne nous positionnons pas contre les hommes. Nous voulons réfléchir et faire évoluer les choses avec eux ”. Elles revendiquent avec force l’idée “qu’il n’y a pas une femme mais des femmes ”. Tout en mettant l’accent sur tant d’images normées, modélisées et le retour en force des stéréotypes sexués. Un exemple parlant, évoqué par Christine Détrez, sociologue et professeur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) qui a travaillé sur la représentation différentielle du corps de l’homme et de la femme dans une cinquantaine d’encyclopédies pour enfants : “Dans ce type de livres, les illustrations sont unanimes : le cerveau loge dans la tête des garçons. La seule apparition d’un corps féminin en rapport avec le cerveau, dans un des livres étudiés, illustre un chapitre intitulé “Et si nous n’avions pas de cerveau ?” ”. Les livres pour enfants n’en n’ont pas fini avec le bleu et le rose, le schéma “papa lit, maman coud”, observe la sociologue. Exemples saisissants empreints de l’idéologie naturaliste qui fige l’homme et la femme dans les schémas millénaires de la séparation des rôles. Et celui de la mère idéale est revenu au galop ! avec son lot de culpabilité. D’où l’expression partagée, parmi les participantes au débat, d’un ras-le-bol face aux excès en tout genre : “Maternité dévorante, maternité à tout prix, pression sur l’allaitement …”.
En France, aujourd’hui, 10% de femmes choisissent de ne pas avoir d’enfant (contre 20% au Royaume uni et près de 30% en Allemagne) mais combien n’ont pas d’autre choix que d’avoir des enfants ? Et combien se replient sur la famille faute de pouvoir s’épanouir ailleurs, faute d’accéder au travail ou d’échapper aux emplois précaires ?
Le débat du 10 février a soulevé bien des questions et fait ressortir que rien n’était acquis. Seul bémol, il y manquait des femmes parmi les femmes, celles qui sont en situation de précarité, celles qui se battent au quotidien pour élever leurs enfants, celles qui voilent leur féminité dans l’espace public…
Fabienne Machurat
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